Du développement de la politique à la politique de développement
Huit mots, dans un ordre ou dans l'autre, et tout change. Une tribune de Magueye BOYE sur la nécessité de remettre la politique à sa place : un instrument au service du territoire, et non une fin qui dévore tout.
Il y a des phrases qui se retournent comme on retourne une terre en jachère, pour que la vie y reprenne. En voici une : depuis trop longtemps, nous consacrons nos meilleures énergies au développement de la politique, alors que notre unique devoir est de servir la politique du développement.
LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT (OU) LE DÉVELOPPEMENT DE LA POLITIQUE.
Huit mots, dans un ordre ou dans l'autre, et tout change. Dans le second ordre, la politique est une fin qui dévore tout : l'énergie, le temps, les talents, les ressources, les amitiés et les liens de parenté mêmes. Dans le premier, elle redevient ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : un instrument au service du territoire, un outil que l'on prend en main le temps de l'ouvrage, et que l'on repose ensuite.
Ce discours n'est pas un discours contre la politique. C'est un discours pour la remettre à sa place — c'est-à-dire à son heure. Car le problème de la politique chez nous n'est pas qu'elle existe : c'est qu'elle ne s'arrête jamais.
La politique de développement consiste à mobiliser le pouvoir pour transformer la vie des populations. Le développement de la politique consiste à mobiliser les populations pour entretenir le pouvoir.



